Présentation de l’étude « État des lieux des professions médicales et des professions de santé au Luxembourg »

L’évolution démographique de la population oblige à réfléchir sur le système de santé à mettre en place au cours des prochaines années, afin de répondre de manière adéquate aux besoins des citoyens en matière de soins de santé, tout en tenant compte des acquis de la science et des exigences de qualité et en étant efficient.

À cet effet, le ministère de la Santé a commandé une étude en décembre 2018 dans le but de mieux connaître les besoins en professions médicales et de santé. Pas moins de 647 professionnels et 129 organismes ont participé activement à l’élaboration de cette étude, établissant un état des lieux quantitatif et qualitatif des professionnels de santé au Luxembourg.

« Notre système de santé doit s’adapter aux réalités actuelles, aux progrès de la médecine et de l’évolution digitale, tout en faisant face à l’accroissement des besoins liés à l’augmentation du nombre de résidents et au vieillissement de la population. Le fonctionnement du système de santé dépend de la capacité du pays à assurer la disponibilité en temps réel des ressources humaines nécessaires et de la qualité des professionnels mis sur le marché du travail. », a souligné le Vice-Premier ministre, ministre de la Santé, Étienne Schneider.

Situation actuelle satisfaisante…

Il ressort principalement de l’étude, que l’état de santé de la population du Grand-Duché est bon et qu’il n’a jamais été nécessaire de fermer des offres de soins par, manque de professionnels de santé. Leur nombre a même augmenté au cours des dernières années (2007-2017). À ce jour, 17.595 professionnels travaillent dans le secteur de la santé et des soins, dont 15.062 professions de santé réglementées et 2.331 médecins (CNS, 2017).

… mais préoccupante sur le long terme

Cependant, le système de santé est obligé de recourir à des professionnels de la santé étrangers pour fonctionner. Le pays n’est pas autonome avec sa seule production de ressources professionnelles médicales ou soignantes. Avec un taux de 62 % de professions de santé réglementées provenant de l’étranger, le pays a dépassé un seuil critique le rendant extrêmement vulnérable et dépendant des décisions politiques et économiques des pays frontaliers en faveur des soignants.

De même, avec un taux de 51 % de médecins de nationalité luxembourgeoise, le Luxembourg n’est pas en capacité d’assurer seul la prise en charge de la population, c’est pourquoi il a recours aux médecins étrangers. Le nombre de médecins issus du Luxembourg formés à l’étranger dans les différentes disciplines par année ne permet pas d’assurer le renouvellement naturel des générations de médecins. De ce fait, le pourcentage de médecins étrangers s’accroit d’année en année.

Situation sur le marché de l’emploi de plus en plus tendu

La question de la pénurie actuelle et future des ressources en professionnels de la santé médicales et autres professions de santé préoccupe depuis plusieurs années les acteurs de la santé, tant au niveau national qu’international. Le nombre de nouveaux diplômés chaque année ne comble pas les départs naturels en pension, dans certaines disciplines. Les institutions signalent des difficultés de recrutement de médecins et de certaines professions de santé avec un allongement du délai de recrutement et un élargissement de la distance géographique pour rechercher des candidats potentiels. Ce phénomène risque d’être renforcé par les besoins émergents.

De plus, d’autres facteurs influencent les difficultés de recrutement, tel que le coût du logement, l’absence de centre hospitalier universitaire, l’absence de faculté de médecine complète, l’absence de programme d’intégration d’un jeune médecin, les différences de valorisation des spécialités médicales dans la nomenclature des actes médicaux, etc.

Comme l’a expliqué Marie-Lise Lair, auteur de l’étude : « Chez les professions de santé le recrutement est encore possible à l’étranger mais toute initiative en France, en Belgique ou en Allemagne qui viserait à rehausser les salaires des soignants engendrerait immédiatement une grave crise du système sanitaire luxembourgeois. »

Premières conclusions et pistes de réflexion

L’étude a permis de mettre en évidence quelques premiers impacts sur la prise en charge de la population : diminution du nombre de visites médicales à domicile, refus de médecins de prendre des nouveaux patients, délais allongés d’obtention de rendez-vous chez un médecin spécialiste, grande difficulté pour recruter un médecin généraliste pour le suivi des patients en rééducation gériatrique.

« Devant une telle situation de dépendance, il y a lieu de revoir en profondeur l’organisation du système de santé afin de mieux utiliser les ressources professionnelles existantes et de n’avoir aucune déperdition de ressources rares. », a précisé Étienne Schneider.

Pour le ministre, des mesures profondes s’imposent, à savoir :

  • Mise en place d’une gouvernance structurée des ressources professionnelles de la santé au sein du ministère de la Santé, en étroite collaboration avec tous les acteurs du terrain ;

Définition d’une vision commune de l’organisation des soins de santé pour les 15 années à venir ;

  • Revaloriser et rendre plus attrayantes les professions médicales (accompagner les jeunes médecins lors de leur installation, améliorer les conditions de l’exercice médical au Luxembourg, investir dans les soins primaires) ;

Revaloriser et promotionner les professions de santé auprès des jeunes et des parents, et leur redonner du sens au sein de la société ;

  • Renforcer le nombre d’étudiants en médecine ;

Revoir la formation et la fonction des soignants ;

  • Adapter les attributions de toutes les professions de santé aux réalités du terrain et aux besoins des patients ;
  • Utiliser de manière plus efficiente les nouvelles capacités de la numérisation offertes dans le secteur de la santé.

« Nous sommes prêts à relever le défi afin d’assurer des soins de santé adaptés aux besoins de notre population. Pour cela, nous allons nous concerter avec tous les acteurs concernés, pour en tirer les bonnes conclusions et de poser les jalons pour l’avenir de notre système de santé. », conclut Étienne Schneider.

  • Dernière modification le 08-10-2019