L'architecture psychiatrique au Luxembourg: une psychiatrie du XXIe siècle

psychiatrieLe 20 avril 2009, le Ministre de la Santé, Mars Di Bartolomeo, a donné une conférence de presse sur l’évaluation de la réforme de la psychiatrie au Luxembourg et a présenté le document "La psychiatrie au Grand-Duché de Luxembourg : état des lieux de la mise en œuvre des recommandations de l'étude de planification 2005" qui a été rédigé par un expert indépendant.

Quel est l’état de la psychiatrie au Luxembourg après la mise en place de la réforme en 1993?

Le rapport d’évaluation de Wulf Rössler, professeur de l’université de Zurich, épingle les faiblesses de l‘architecture psychiatrique au Luxembourg, identifie ses atouts et édicte une série de recommandations au gouvernement.

Le remaniement structurel de l’architecture psychiatrique au Luxembourg devrait être bientôt achevé.

Pour Wulf Rössler, les évolutions qui se sont opérées dans le secteur de la psychiatrie doivent être placées dans un contexte de prospérité économique, favorable à l’investissement de sommes importantes qui ont permis au secteur de se développer et de se moderniser.

D’après le rapport de Wulf Rössler, "le remaniement structurel de l’architecture psychiatrique au Luxembourg devrait être bientôt achevé". Le spécialiste suisse s’est montré satisfait que la décentralisation des soins de santé a été amorcée et que les patients souffrant de troubles psychiques ne sont plus directement soignés dans le Centre Hospitalier NeuroPsychiatrique (CHNP) à Ettelbruck, mais dans des hôpitaux.

Le rapport conclut également que l’état des services spécialisés est bon, voire très bon, "et comparable avec celui d’autre pays européens". Alors qu’en 2005, le professeur Rössler épinglait encore le nombre limité de lits disponibles, il constate en 2008 que l’offre s’est stabilisée dans le domaine de la médecine stationnaire.

Wulf Rössler a constaté que la psychiatrie luxembourgeoise se caractérisait par un éclectisme professionnel dominé par la tradition de l'exercice libéral. D’après Wulf Rössler, cette particularité luxembourgeoise présente à la fois des avantages et des inconvénients. Tandis que l’enchevêtrement des domaines ambulatoires et stationnaires a été identifié comme un avantage, la disponibilité réduite des médecins libéraux peut être interprétée comme un désavantages.

L’expert suisse a soulevé le manque de foyers d’accueil protégés malgré les efforts qui ont été consentis dans les dernières années. Il a également déploré que les pathologies les plus graves soient d’office transférées au CHNP.

Wulf Rössler dresse un bilan mitigé du CHNP

Wulf Rössler a dressé un bilan mitigé de l’évolution du CHNP à Ettelbruck dont le passage "d’un asile vers un centre de réhabilitation moderne" s’apparentait à "une tâche d’hercule". Le spécialiste s’est montré satisfait que le CHNP ait réussi à brosser les contours d’une image de la psychiatrie beaucoup plus positive, mais a cependant regretté "que des rivalités et des conflits d’intérêts entre le CHNP et les professionnels libéraux subsistaient", facteurs qui constituent un frein au développement de l’hospitalisation extra-stationnaire.

Dans l’analyse de Wulf Rössler, la mise en place de plateformes psychiatriques réunissant tous les acteurs concernés a eu des répercussions positives sur le développement du monde psychiatrique et a permis de mieux interconnecter les différentes structures et de se mettre d’accord sur des concepts communs. Il a cependant regretté que la réhabilitation d’une soixantaine de patients de longue durée n’ait pas été atteinte et que le CHNP n’ait pas réussi à élargir la palette de ses services proposés aux patients.

L’accueil psychiatrique des jeunes

Dans le domaine de la jeunesse et des enfants, des efforts importants ont été consentis, a noté Wulf Rössler, qui a pu constater que le développement des structures d’accueil avait entraîné une plus grande demande. Le professeur de l’université de Zurich s’est inquiété du nombre important d’internements forcés au Luxembourg, mais a salué la mise en place d’une structure d’accueil et d’accompagnement. Le vrai problème réside selon lui "non pas dans une carence de lits disponibles mais dans un manque de coordination et de communication".

L’accueil et l’encadrement des délinquants

La principale faille du système réside selon Wulf Rössler dans l’accueil et l’encadrement des délinquants qui présentent des troubles psychologiques. D’après l’expert, le CHNP est un lieu peu approprié pour accueillir ces détenus. Pour mieux assurer la prise en charge de ces patients, il s’est exprimé pour une unité indépendante qui serait implantée au sein du CHNP.

  • Dernière modification le 20-04-2009